« En Afghanistan, on ne demande même pas à un invité s’il veut du thé. Le thé, vert et noir, est toujours prêt pour être servi !”
– dit Laila en m’accueillant.
En plus du thé, accompagné d’un bâtonnet de cristal de sucre au safran, il y a devant moi une table basse généreusement remplie avec des bols pleins de fruits, de noix et une présentation de gâteaux faits maison. Le bruit d’un samovar qui maintient l’eau chaude prête à être servie en permanence va accompagner toute notre conversation. L’art de recevoir est très important dans les deux cultures dont Laila est imprégnée ; d’Afghanistan où elle est née, et d’Iran, où elle a grandi.
En pensant à ces paysages montagneux de son enfance, elle se souvient surtout des saveurs.
Des raisins, croquants et sucrés, des melons et des mûres, cueillis avec ses cousins et dégustés avec délectation.
Née à Herat, au nord d’Afghanistan, Laila est la première et la plus grande fille de la fratrie.
Elle commence à cuisiner aux côtés de sa mère.
Et en l’observant, en apprenant à ses côtés, sa passion se réveille. Son premier grand succès culinaire ce sont… des spaghettis !
Elle les réussit à merveille, et ça l’encourage à apprendre plus.
Son talent se révèle très tôt. Personne d’autre ne réussit mieux les boulettes de viande ou les aubergines mijotés… Elle sort de la maison avec les bases de cuisine et l’appétence pour apprendre. Depuis, elle est toujours à la recherche de nouvelles saveurs et de recettes.
Mais à l’époque, Laila ne pense pas cuisiner hors de son cocon familial, elle veut être maîtresse d’école et prépare des plats surtout à la maison. Quand elle arrive en France en 2008, elle est mère de trois enfants. Elle constate que la cuisine de sa région n’est pas très connue, et elle fait découvrir ses spécialités autour d’elle.
Ses plats aromatiques, préparés avec soin, ravissent les papilles
et tout le monde veut connaître ses recettes.
Soutenue par ces encouragements, elle ouvre son restaurant.
Malheureusement, quelques années plus tard, elle décide d’arrêter pour des raisons de santé, et de se concentrer sur le service traiteur. A l’occasion de Refugee Food festival, elle découvre sa passion pour l’animation des ateliers de cuisine.
« Maintenant, je me rends compte que ce que j’aime le plus, c’est de faire découvrir aux gens ma cuisine, le partage” – dit Laila.
« Cette cuisine est tellement riche, le mélange des saveurs, les produits bien cuits, les arômes profonds…”
en parlant de cuisine le visage de Laila s’illumine.
Ses enfants sont fiers de son talent…
« Maman et la cuisine, c’est une grande histoire. Sa cuisine est exceptionnelle.” – ajoute son fils.
Apparemment, Leila est unanimement considérée comme la meilleure cuisinière de toute la famille.
Maintenant elle a envie de partager sa passion.
« Un plat, c’est comme une œuvre d’art, au lieu d’un pinceau on a nos mains et des ingrédients. Avec des moyens simples, de la farine,
des œufs, de la viande, des épices, on peut créer un beau ravioli, mantu.
Une fois arrivées à table, les plats doivent être comme un tableau, décoré avec des sauces colorées, formes appétissantes pour les yeux. Finalement, la meilleure partie c’est de voir la joie de ceux qui les mangent ! »
Plat signature : C’est très dur d’en choisir, mais si elle est obligée : kabuli. Traditionnel, mais le sien – exceptionnel. Le plat qu’on peut manger tous les jours.
Plat français : Moules frites goûtés à Lille, sans révélation, mais mangé avec la curiosité. Elle aime beaucoup le gratin dauphinois.
Projet future : Animer les ateliers, faire connaître les saveurs perses et afghanes, développer l’offre traiteur à Lille.
Continuer de créer l’art avec la cuisine !