Hannibal Tewelde
Cuisine érythréenne
Paris

ACTUELLEMENT  •  Cuisinier aux Pères Populaires (Paris 20e), Hannibal a été embauché à la suite de sa participation au festival

SPÉCIALITÉ  •  Injera, galettes traditionnelles garnies de différents currys

REFUGEE FOOD FESTIVAL 2017  •  Hannibal a participé à la deuxième édition parisienne du festival, aux Pères Populaires (Paris 20e)

Portrait

Immense et massif : ce sont les qualités qui siéent à Hanibalcomme elles siéent parfaitement à son sourire. En se retrouvant au petit bistrot Le Cyrano Place de Clichy, la discussion est directement très naturelle et enjouée avec le jeune érythréen : nous rions d’abord de la difficile barrière psychologique des 25 ans qu’il franchira dans deux mois, son diplôme et un CDI fraichement en poche. Prometteur !

LES ORIGINES

Dans le foyer familial à Asmara où il a grandi, Hanibal s’est découvert la passion de la cuisine à sept ans en observant les moindres faits et gestes des femmes de la maison. C’est une curiosité insatiable combinée à un instinct familial de solidarité qui le conduisent progressivement à passer aux fourneaux. Territoire réservé au sexe opposé, il aide malgré les conventions sa sœur de six ans son ainée : « à 13 ans, j’ai commencé à éplucher oignons, pommes de terre, couper les légumes ou les viandes … Et on a progressivement partagé les taches ».  

Plein de second degré et dans un rire qui agite son bon mètre quatre-vingt-dix il ajoute : « C’est essentiel pour les garçons de connaître la cuisine : si un jour tu es célibataire et que tu te retrouves tout seul, il ne faudrait tout de même pas que tu meurs de faim ». 

Mais pas de soucis à se faire pour l’indépendance du jeune homme comme ses expériences en attestent. Etudier en Erythrée revient trop cher, dès 17 ans il alterne des boulots de cuisinier, mais aussi et surtout de mécanicien ou de menuisier, encouragé par son père qui préfèrerait le voir loin de l’art gastronomique. Mais après avoir exploré ces nouveaux horizons, sa vocation n’est que plus certaine, sa volonté renforcée. 

SA CUISINE  

« Le premier plat que j’ai fait tout seul c’est facile : c’est les poids chiches avec oignons et piments verts ! ». Ce souvenir de ses treize ans étire ses zygomatiques. Mais il s’inquiète tout à coup, alors que nous sommes à quinze minutes de conversation : « Au fait tu comprends bien mon français ? » Réponse affirmative pour la personne qui ne connaissait « même pas bonjour » il y a trois ans. 

Avec son CAP de cuisine au GRETA fraichement validé en juillet, la barrière de la langue a sauté même s’il affirme que c’est encore dur et qu’il veut se perfectionner.

Ayant appris les spécialités françaises à l’école, et après un stage à l’Etoile Filante à Boulogne où il vante le sens pédagogique de son chef qu’il considère plus « comme un grand frère », il veut continuer à apprendre les plats de son pays d’origine en plus de celui d’adoption. Leurs spécificités ? « Les plats érythréens se mangent avec des galettes que l’on cuit dans un « mogogo» , sorte de four en terre cuite ou de poile électrique. Là-bas on laisse cinq à six jours la pâte reposée puis on la mélange avec de l’eau chaude pour faire la levure ». En garniture : légumes, oignons, pomme de terre, bœuf mais Hanibal ne se repose pas sur ses lauriers, ni ses talents pour les samossas qu’il a préparé au Peres Pop’ le 18 juin dans le cadre du Refugee Food Festival.

 

AUJOURD’HUI 

Greg, le patron, lui a directement proposé un CDI pour les planches qu’il prépare dans une ambiance de travail joyeuse le soir, « idéale, nickel » selon ses mots enthousiaste, dans ce bar de quartier animé du 20ème arrondissement. A à peine 25 ans et un CDI et son diplôme en poche tous lui souris depuis cet été, mais son appétit curieux semble loin d’être assouvi.

L’œil fasciné à la vue d’étals de légumes en France dont bon nombre sont inédits pour lui, Hanibal imagine déjà de futures recettes : « j’ai quelques idées mais pour le moment c’est compliqué d’essayer, j’attends d’avoir un vrai chez moi. L’idéal serait de mixer les plats érythréens et français ».

Et cet intérêt cache un rêve de véritable gourmet et d’un chef né, celui de faire un tour de France des terroirs : « voir comment sont fait les fromages, le vin, comment sont élevés les animaux… ». On ne peut alors pas résister à lui demander quel est son plats favoris, la réponse est immédiate et sans appel : « Tu sais on a un principe gastronomique en Erythrée : le poulet n’est pas un plat du quotidien. Il est réservé pour les grandes fêtes, pour marquer le respect. Et tu connais le gout des africains en général pour le poulet alors si je devais cuisiner le meilleur plat ce serait un velouté de champignons de Paris avec de la crème sur du poulet blanc, un peu de riz : c’est parfait ! ».